Les banques belges accordent leurs crédits hypothécaires à perte depuis quatre ans. Selon la Banque nationale de Belgique, la marge nette sur les nouveaux prêts à 20 ou 25 ans atteint -0,5%, soit une perte sur chaque nouveau crédit immobilier signé. Cette pratique est un risque pour la stabilité des banques à long terme. Voilà qui est interpellant, mais la réalité est plus nuancée.
Dans les faits, la différence entre le taux des nouveaux crédits et le taux du marché (le taux d'intérêt moyen auquel les banques, les entreprises et les États empruntent à un instant T) est située entre 0,6 % et 0,7 %. C’est peu par rapport à la moyenne historique où cette marge était plutôt de 1 % voire 1,4 %. Mais la Banque nationale de Belgique s’inquiète plutôt de la marge nette, qui déduit tous les autres coûts. Cela peut être le non remboursement du crédit ou un remboursement anticipé. Bref, un risque qui a un coût. Là, cette marge nette devient négative. « Cela implique que les nouveaux prêts hypothécaires accordés récemment en Belgique, pris isolément, sont déficitaires », s’inquiète la Banque nationale dans son rapport de stabilité financière.
Le vrai modèle des banques : vous
Fin mars 2026, les Belges avaient placé plus de 304 milliards d'euros sur leurs comptes d'épargne réglementés. Des centaines de milliards dormant sagement, rémunérés à 0,68% en moyenne. En face, les crédits l’immobiliers en cours ne représentent que 288 milliards. Les comptes d'épargne mal rémunérés permettent de couvrir ce qui est nécessaire aux crédits hypothécaires.
Et si les banques peuvent se permettre de brader les crédits hypothécaires, c'est précisément parce qu'elles vous paient une misère sur vos dépôts. Elles ont accès à de l’argent bon marché pour prêter pas trop cher et se rémunèrent aussi grassement sur d’autres produits qu’elles vous vendent en même temps que votre crédit. Ce modèle repose sur un atout colossal : votre fidélité — ou plutôt votre immobilisme. Et les banques le savent pertinemment. Pourquoi se montreraient-elles plus généreuses quand elles n'y sont pas contraintes ? (lire plus) Les institutions financières se livrent une concurrence féroce sur les crédits hypothécaires, quitte à faire quelques cadeaux. Mais rassurez-vous, sur l'épargne, les banques ne se livrent aucune concurrence.
Cette épargne abondante et stable est une vache à lait pour les banques, mais elle est aussi le socle de leur solidité. Moins dépendantes des marchés financiers que leurs homologues européennes, les banques belges peuvent traverser les crises sur les marchés en s'assurant que l'épargne des Belges les protège. Les épargnant·e·s sont, malgré eux·elles, garant·e·s de la stabilité du système et des 8,4 milliards d'euros de bénéfices nets engrangés par les grandes banques en 2025. Il y a de la marge.
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