2025 est la troisième année la plus chaude jamais enregistrée avec un réchauffement de 1,47°C au-dessus des niveaux préindustriels. En 2015, on imaginait franchir le seuil de 1,5°C de réchauffement à l'horizon 2042. Dix ans plus tard, la même méthode le projette désormais que cela sera le cas en 2029, soit treize ans plus tôt qu'anticipé. La trajectoire de réchauffement s'est emballée.
En Europe, deux tiers des prêts des banques aux entreprises concernent des secteurs qui contribuent fortement au changement climatique. C’est plus que le secteur immobilier qui inquiète pourtant régulièrement les autorités du contrôle. Cette exposition importante aux secteurs polluants n’inquiète visiblement par autant. Elle est pourtant un risque à deux égards.
D’abord le « risque physique » d’inondations, sécheresses ou tempêtes qui détruisent tout ou partie d’usines, maisons ou récoltes agricoles. Si ces dernières ont été utilisées comme garanties pour obtenir un prêt, c’est moins de garanties pour l’institution financière.
Ensuite le « risque de transition » : une entreprise pétrolière ou fortement émettrice de CO2, financée aujourd'hui, pourrait voir sa valeur s'effondrer demain suite à de nouvelles règles, des taxes carbone, ou simplement parce que ses client·e·s se détournent d'elle. Si elle fait faillite, ce sera à la banque d’encaisser la perte.
Selon Finance Watch, ces risques sont largement sous-évalués : les modèles bancaires reposent sur des données historiques, alors que le climat sort justement des clous du passé. Les stress tests climatiques menés par la Banque centrale européenne (où elle soumet le bilan des banques à différents scénarios climatiques), aussi utiles soient-ils, sont eux-mêmes jugés trop optimistes par les climatologues, qui leur reprochent de sous-estimer les effets en cascade.
D'où l'idée mise sur la table par Finance Watch d'un coussin de capital climatique. Il s’agirait d’obliger les banques à mettre davantage de fonds propres de côté pour faire face à leurs prêts aux secteurs les plus polluants. Une réserve de précaution pour absorber les pertes plutôt que de les faire porter, in fine, aux client·e·s où aux contribuables qui les sauverons.
Ce coussin comporterait deux volets. Le premier corrigerait le fait que les banques provisionnent aujourd'hui trop peu face à leurs prêts aux entreprises fossiles. Le second augmenterait à mesure que l'écart entre la trajectoire de réchauffement actuelle et l'objectif de 1,5°C de l'Accord de Paris augmente lui aussi.
Finance Watch chiffre le besoin en capital à 18 milliards d'euros, soit à peine 1 % des fonds propres du secteur bancaire européen. L'ONG recommande une mise en œuvre progressive, en commençant par le fossile avant d'élargir aux autres secteurs carbo-intensifs. Elle appelle que, pour l’heure, aucun coussin climatique n'existe dans aucune juridiction.
La question de la semaine
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