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L'Edito : Démasqués
Plus souvent qu’à son tour, Financité a dénoncé les acteurs financiers qui tentent de nous faire prendre des vessies pour des lanternes au travers du greenwashing ou écoblanchiment.
22 septembre 2025
Paragraphe actualités

Si vous mentez sur la composition d’un médicament, si vous usurpez une appellation d’origine pour un produit alimentaire, si vous attribuez des vertus inexactes à un procédé, vous vous exposez à de lourdes sanctions. À l’inverse, tromper le public en prétendant à tort que souscrire un produit financier est bon pour la planète et ses habitant·e·s bénéficiait jusqu’à présent d’une très large, voire totale, impunité.

Depuis le 21 mai de cette année, les choses ont changé en Europe : les fonds d’investissement auto-baptisés avec les mots « transition » ou « impact » doivent justifier, pour conserver leur appellation, qu’ils consacrent au moins 80 % de leur portefeuille à des actifs environnementaux, sociaux ou durables. Et pour utiliser les termes « durable » et « ESG » (pour critères environnementaux, sociaux et de gouvernance), il faut également exclure les énergies fossiles, c’est-àdire bannir les entreprises dont plus de 1 % des revenus proviennent de l’exploitation de charbon, 10 % du pétrole ou 50 % du gaz.

Résultat ? Entre mai 2024 et juillet 2025, certains fonds ont adapté leur stratégie d’investissement pour se conformer à ces règles mais ils sont beaucoup plus nombreux à avoir choisi de supprimer ou modifier ces références vertes dans leur appellation : près d’un quart de ces auto-proclamés, soit 1 346 fonds sur 5 500, représentant environ 1 000 milliards de dollars d’actifs !

De deux choses l’une, soit ces derniers étaient de mauvaise foi et se paraient de vertus qu’ils ne possédaient pas, soit ils ont viré de bord et abandonné la transformation écologique. Dans tous les cas, l’écrémage est sévère et grande la désillusion. Car le secteur financier, empêché d’encore mentir, réduit considérablement son offre de produits financiers favorables à la planète et ses habitant·e·s et donne ainsi à voir le peu d’importance qu’il leur accorde.

C’est la mauvaise nouvelle. Mais il y en a peut-être une bonne : les fonds durables, qui répondent aux nouvelles normes, ont en effet connu un rebond des investissements au deuxième trimestre 2025, avec des entrées nettes de 4,9 milliards de dollars, malgré un contexte politique et géopolitique international tendu. Gardons-nous de conclusions hâtives car cette reprise est inférieure à celle des fonds conventionnels, d’une part, et nous n’avons pas encore le recul suffisant pour voir s’il ne s’agit pas d’un feu de paille, d’autre part.

N’empêche, cet apparent paradoxe, s’il se confirme, est plutôt rassurant : à une réduction de l’offre de fonds verts répond une augmentation de la demande pour ceux-ci. Et si, au final, la transparence imposée par l’autorité, remède à l’écoblanchiment, devenait le déclencheur d’une massification des investissements responsables de la planète ? Faisait mentir ce pessimisme qui plombe nos existences, où l’on ne parle que de recul, de renoncement et de négationnisme climatique ?

 

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