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2,5 milliards d’euros pour ceux et celles qui n’en ont pas besoin
Le coût budgétaire du soutien à l'épargne a fortement augmenté ces dernières années. La faute à la remontée des taux d'intérêt, mais surtout à la fiscalité avantageuse sur les comptes d'épargne réglementés.
8 avril 2026
Paragraphe actualités

En quatre ans, la facture de soutien aux comptes d'épargne réglementés s'élèverait à 2,5 milliards d'euros de recettes perdues. Avec 471 millions d'euros en 2023, 818 millions en 2024, 665 millions en 2025 et une prévision de 565 millions d’euros en 2026, le manque à gagner est bien plus élevé que les précédents exercices où cet avantage fiscal représentait moins d’une centaine de millions d’euros selon l'inventaire des dépenses fiscales fédérales compilé par L'Echo.

Voilà qui pèse sur le budget de l'État. En cause ? Le montant record accumulé sur les comptes d’épargne (300 milliards d’euros) et la remontée des taux qui a offert plus d’intérêts aux épargnant·e·s. Et en Belgique, les intérêts perçus sur un compte d'épargne réglementé sont exonérés d'impôt jusqu'à 1 020 euros par personne et par an (pour les revenus 2025). Au-delà, un précompte mobilier réduit de 15 % s'applique, contre 30 % pour les autres placements. Pour protéger le·la petit·e épargnant·e, l'État se passe de revenus fiscaux.

Sauf que pour bénéficier pleinement de cet avantage de cette exonération, il faut déjà toucher suffisamment d'intérêts. Or, si les taux ont bien remonté, ils restent en moyenne bas avec 0,71 % fin 2025, bien inférieurs à la moyenne européenne. À ce taux, il faut disposer d'environ 144 000 euros sur son compte pour atteindre le seuil de 1 020 euros d'intérêts annuels.

Dans les faits, les montants déposés sur les comptes d’épargne sont très inégalement répartis au sein de la population. Une minorité de déposant·e·s détient l'essentiel des sommes. Selon la Banque nationale de Belgique, si le dépôt moyen sur les comptes d'épargne était de 22. 631 euros en 2023, le montant médian n’est que de 5 360 euros. Un tiers des déposant·e·s n’ont pas plus de 1 000 euros sur leur compte, 19% ont entre 1 001 et 5 000 euros et 10% entre 5 001 et 10 000 euros.

Ces ménages-là, souvent les plus précaires, ne bénéficient pas réellement de l'avantage fiscal et n'en voient pas non plus les retombées budgétaires. Quelle est la justification légale et économique d’un maintien d’exonérations fiscales pour les ménages les plus aisés, qui n’ont pas besoin de tels incitants pour épargner ou investir ? Cette interrogation prend d’autant plus de poids lorsque l’on considère le coût considérable de ces mesures pour l’État belge. Ironie de l’histoire, les Belges confient 300 milliards d'euros à leurs banques qui proposent les taux d’intérêt parmi les plus bas d'Europe, ne compensant même pas l'inflation. L'État, lui, renonce à des milliards de recettes pour soutenir ce système.

La question de la réforme de la fiscalité de l'épargne est sur la table depuis longtemps. L’idée : globaliser l'exonération, en l'étendant à tous les revenus mobiliers (dividendes inclus) jusqu'à un plafond unifié. Présentée comme une simplification et une neutralité fiscale, cette réforme pourrait élargir encore davantage la niche fiscale des ménages qui tirent leur revenu de leurs placements et pas de leur travail. A la place, globaliser tous les revenus pour taxer de la même manière les revenus du capital que les revenus du travail permettrait de diminuer la pression fiscale sur le travail et faire davantage contribuer les plus fortuné·e·s.
 

La question de la semaine

Êtes-vous favorable à l'idée de taxer les intérêts de l'épargne de la même manière que les revenus du travail ?

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