Une étude commandée par Greenpeace et réalisée par l'expert en énergie Steffen Bukold vient de mettre des chiffres sur ce que beaucoup ressentaient intuitivement. En mars 2026, les entreprises pétrolières de l'UE ont engrangé 2,5 milliards d'euros de bénéfices supplémentaires — entendez : des profits qui viennent s'ajouter à ceux qu'elles auraient réalisés sans la crise. Soit 81,4 millions d'euros par jour. En Belgique, le gain quotidien tourne autour de 2,3 millions d'euros.
Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, le prix du pétrole brut a bondi d'environ 60 %, dépassant les 100 dollars le baril. Mais ce que révèle l'analyse de Bukold, c'est que les prix à la pompe ont grimpé bien plus vite encore que le cours du brut sous-jacent. Autrement dit, une partie de la hausse que vous payez chez votre pompiste ne reflète pas la réalité du marché pétrolier mondial : elle reflète des marges élargies, captées au passage par les intermédiaires et les majors du secteur.
Ce n'est pas la première fois qu'on observe ce phénomène. Lors des crises précédentes — 2008, 2022 après l'invasion de l'Ukraine — le même mécanisme s'est enclenché : les prix montent en flèche à la pompe dès la moindre tension géopolitique, mais redescendent beaucoup plus lentement lorsque les cours se calment.
Pour beaucoup de ménages belges, ce n'est pas une abstraction. Le budget transport pèse lourd, particulièrement pour celles et ceux qui n'ont pas accès aux transports en commun, ou dont le lieu de travail est trop éloigné pour envisager un autre mode de déplacement.
Taxer les surprofits
Greenpeace demande aux gouvernements de l'Union européenne d'instaurer en urgence des taxes sur ces bénéfices exceptionnels et de réaffecter les recettes à la réduction des factures énergétiques des citoyen·ne·s et au financement des renouvelables. En 2022 déjà, l'Union européenne avait mis en place une contribution temporaire de solidarité sur les surprofits du secteur fossile. Mais le dispositif était limité dans le temps et les États membres l'ont appliqué avec des degrés d'enthousiasme très variables.
Chaque tension géopolitique se transforme mécaniquement en manne pour les pétroliers et en facture pour les ménages. Réorienter l'épargne et les investissements vers la transition énergétique n'est pas qu'une question éthique. C'est aussi, au fond, une question de souveraineté économique.
Pour aller plus loin
La question de la semaine
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