« Ce ne sont pas des actions qu’elle a dans l’entreprise. C’est un portefeuille d’actions géré par sa banque, un plan d’épargne en actions. Ce n’est pas elle qui décide dans quelle boîte investir, combien, ni quand revendre… Pour vous dire, elle les a découvertes au moment du remplissage de la déclaration à la HATVP. »
Des années à la tête du WWF France, une carrière entière consacrée à l'urgence écologique aux Nations unies, et Monique Barbut ne savait pas. Celle qui est depuis octobre 2025 ministre française de la Transition écologique a découvert au moment de remplir sa déclaration de patrimoine à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique qu’elle possède 153 362 euros d'actions dans 27 entreprises. Parmi elles : Airbus (géant de l’aviation), BNP Paribas (première banque française finançant les énergies fossiles), LVMH, Inditex (le mastodonte derrière Zara) ou encore Thales (spécialiste de la défense).
Monique Barbut n’a rien fait d’illégal. Depuis qu’elle est ministre, ce portefeuille d’action fait l’objet d’un « mandat de gestion sans droit de regard » pour éviter les conflits d’intérêts. L’instance qui pour la transparence de la vie publique n’a pas non plus émis de recommandation. Tout est conforme. « Mais, légalement, l’absence de "droit de regard" ne signifie pas que Monique Barbut n’a plus le droit de savoir dans quelles entreprises son banquier investira en son nom », rappelle Vert, le média qui a examiné la déclaration de la ministre.
Elle a fait ce que font des millions de personnes chaque jour : elle a confié son épargne à sa banque, signé les formulaires qu'on lui a tendus, et tourné la page. Des actions Airbus par ici, un peu de BNP par là, quelques parts de fast fashion pour équilibrer le portefeuille. Sa banque gérait, mais « elle ne savait pas ». Elle a externalisé la question morale. Si quelqu'un dont la vie entière est dédiée à comprendre les impacts systémiques de nos choix collectifs peut ignorer l'empreinte de son propre portefeuille, que dire du reste d'entre nous ?
Monique Barbut ne savait pas. C'est son problème et il est réel, pour une ministre qui devra un jour arbitrer sur Airbus ou BNP. Mais c'est aussi, et surtout, notre problème à tous. Nous sommes des millions à financer, à notre insu, des projets que nous désapprouvons. Et le système bancaire, dans sa grande bienveillance, ne s'est jamais vraiment donné la peine de nous l’expliquer.
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