Vous connaissiez le produit intérieur brut, le coefficient de Gini qui mesure les inégalités ou encore l’Indice de développement humain. Vous ne saviez pas que l’on pouvait aussi classer les pays selon leur puissance capitaliste. Normal, tout le monde ne s'accorde pas sur sa définition. « Si vous demandez à quelqu'un ce qu'est le capitalisme, les réponses seront toutes différentes », résume Scott Miller, l'auteur principal de l’étude.
C'est ce flou que l'Université de Virginie a voulu dissiper. Après trois ans de travail, la Darden School of Business et le Karsh Institute of Democracy publient le Global capitalism index (GCI), un classement qui attribue à chaque pays une note de 1 à 100. Le but ? « Étudier les différences entre les économies et leur transformation au fil du temps, tout en permettant d’examiner les liens entre les modèles économiques et plusieurs enjeux sociétaux, notamment le bien-être, la corruption, la démocratie et les inégalités. »
Pour cela, les chercheur·euse·s ont compilé 242 types de données regroupées en huit piliers : droits de propriété, politiques de marché, ouverture du marché du travail, concurrence, banques, marchés de capitaux, création d'entreprises et libre circulation des biens et des capitaux. La méthode se veut neutre, sans pondération subjective. Le choix des critères, lui, ne l'est pas : salaires, inégalités ou empreinte écologique n'entrent pas dans la note.
C’est la Suisse qui arrive en tête de ce classement avec la note de 96,9, suivie de près par les États-Unis et Hong Kong. Plus étonnant, les pays nordiques comme le Danemark, la Suède et la Norvège se retrouvent dans le top 10. Le rapport y voit la preuve que protection sociale et capitalisme sont compatibles. Mais ce que note aussi l’indice, c’est que les « conditions favorables du capitalisme » se sont érodées à l’échelle mondiale depuis 2008.
Le Global capitalism index distingue aussi quatre familles. Le capitalisme « entrepreneurial » (Suisse, États-Unis), qui mise sur la création d'entreprises. Le modèle « d'entreprise » (Japon, Corée du Sud) s'appuie sur la finance ». Le capitalisme « institutionnel », celui de la Norvège et de l'Europe de l'Ouest, brille dans l'économie réelle mais « pèche côté finance. Le modèle « commercial », enfin, celui de Singapour ou de la France, repose sur l'ouverture et la propriété privée.
La Belgique dans le top 20
Avec 86,6 points, la Belgique se classe 19e. Elle devance la France (21e) et l'Allemagne (24e), mais reste derrière les Pays-Bas (18e) et loin du Luxembourg (6e), dont l'économie repose largement sur sa place financière.
La Belgique brille sur les droits de propriété (16e), la libre circulation des biens et des capitaux (15e) et la concurrence (20e). Ses marchés de capitaux décrochent (58,7 points, contre 78,1 en 2009). Et son secteur bancaire, que l'État a dû sauver en 2008, ne pointe qu'au 28e rang.
Un chiffre invite à la prudence : la note du marché du travail bondit de 48 à 68 points depuis 2009. Pour l'indice, c'est un progrès. Pour les travailleurs et travailleuses, la question de ce que veut dire cette « ouverture » reste entière.
La question de la semaine
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