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Braquage à 6,3 milliards
Vingt minutes. C’est le temps qu’il aura fallu, jeudi 29 octobre, pour siphonner quelque 6,3 milliards de dollars dans les portefeuilles de Binance. Vingt minutes, c’est aussi le temps qu’il a fallu pour remettre soudainement en cause la sécurité des cryptomonnaies.
3 novembre 2026
Paragraphe actualités

Binance est la plus grande plateforme d’échange de cryptomonnaies au monde. Concrètement, elle fonctionne comme un bureau de change doublé d’un coffre-fort : ses client·e·s y déposent des euros ou des dollars, achètent du bitcoin ou d’autres cryptos, et laissent le plus souvent la plateforme les conserver pour eux·elles.

C’est ce coffre-fort qui a été forcé jeudi dernier. En prenant le contrôle de l’ordinateur de travail d’un ingénieur de Binance, les pirates ont vidé plusieurs portefeuilles et volé l’équivalent de 6,3 milliards de dollars, soit près de 4 % des actifs. La plateforme a immédiatement bloqué les retraits et promis de rembourser ses client·e·s en rachetant, sur fonds propres, les cryptos volées. Le FBI a depuis attribué l’attaque à TraderTraitor, un groupe lié à la Corée du Nord, déjà accusé d’avoir volé 1,5 milliards de dollars chez Bybit (une autre plateforme d’échange de cryptos) en 2025.

Le registre ne ment pas

Les défenseur·euse·s des cryptos aiment rappeler que la blockchain, le registre public où sont inscrites toutes les transactions, est inviolable. C’est le cas ici. Cette fameuse blockchain n’a pas été touchée. Les pirates n’ont rien cassé, ils ont simplement utilisé les accès de Binance comme s’ils étaient Binance. Et c’est en quelque sorte le revers de la médaille : une fois inscrite dans la blockchain, une transaction ne s’annule pas. Personne ne peut stopper le virement après coup. Le registre ne ment pas, mais il ne protège personne. Une transaction frauduleuse y est gravée aussi solidement qu’une transaction honnête.

Pas de banque, pas d’intermédiaire, l’attrait des cryptos est aussi la décentralisation. Le Bitcoin, pour le plus connu, devait permettre de s’affranchir des intermédiaires et d’utiliser une monnaie qui n’est pas gérée par un État. Mais dans les faits, la plupart des petit·e·s porteur·euse·s confient leurs clés à une poignée de géants, Binance en tête, qui gérait environ 144 milliards de dollars d’actifs avant l’attaque.

Il convient aussi de préciser qu’en Europe, Binance n’a pas obtenu la licence MiCA, obligatoire dans toute l'Union européenne pour fournir des services sur crypto-actifs. Cette dernière demande par exemple de bien séparer l’argent des client·e·s de celui de l’entreprise et impose des normes de sécurité. Sans licence, Binance n’a pas le droit de démarcher des client·e·s européen·ne·s (qui ont toutefois le droit de solliciter ses services) et n’a pas non plus l’obligation de rembourser une personne qui aurait perdu de l’argent sur la plateforme. L’indemnisation promise par Binance relève donc de sa bonne volonté. Si la plateforme d’échange a promis des remboursements, les utilisateur·rice·s auraient déjà retiré environ 5 milliards de dollars après la reprise des services, selon le Financial Times.
 

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