« ING est convaincue qu'une meilleure éducation financière permet à chacun de prendre des décisions plus éclairées et de construire, sur le long terme, une meilleure santé financière », justifie la banque.
Soyons clairs, on ne peut pas reprocher à ING de faire du marketing. L’idée est même plutôt habile. Les jeunes se ruent sur la Bourse. Selon l’Autorité et services et marchés financiers, les moins de 30 ans sont passés de 5 500 à 12 800 parmi les nouveaux·elles investisseur·euse·s entre 2019 et 2021, jusqu’à devenir le premier groupe de nouveaux venus. Il y a là un marché, et ING a trouvé comment les attirer. Pour 120 euros d’actions en guise de cadeau, la banque s’offre des client·e·s pour la vie. Car pour ouvrir l’emballage, il faut aussi ouvrir un compte-titres ING prendre le compte dédié aux 18-25 ans. Les frais de transaction et les taxes boursières, eux, restent à charge.
Les spécialistes de la communication ont même réussi à faire passer l’ennuyeux test MiFID, obligatoire pour toute personne souhaitant acheter des instruments financiers, en initiative d’éducation. Transformer un test de connaissances en argument marketing, c’est fort.
Sauf que selon la banque, le parcours de formation aborde des thèmes comme la diversification, ce principe de base qui consiste à ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. On offre ensuite aux jeunes un panier composé d’un seul œuf orange. Comme travaux pratiques, on a vu plus cohérent.
Ce qui est choquant, ce n’est pas que ING fasse du marketing. C’est que si peu l’aient remarqué. Imagine-t-on un brasseur offrir des bières aux jeunes majeurs « pour les initier à une consommation responsable » ? La presse s’indignerait ou aurait au moins la décence de ne pas relayer cette campagne de publicité. Mais apparemment, dès qu’on parle d’éducation financière, laisser les banques apprendre aux jeunes à investir ne choque personne. Les médias sont tombés tête la première dans l’annonce de la banque orange et ont soigneusement relayé les éléments de langage préparés par l’équipe communication.
Une vraie leçon commencerait pourtant par se demander ce que finance son argent. On y apprendrait que le groupe ING a mis 12 milliards de dollars de crédits à disposition de l’industrie fossile en 2025, selon FairFin. Cela fait d’ING le premier financeur du secteur parmi les banques actives en Belgique. On découvrirait aussi qu’avec 150 agences pour 2,5 millions de client·e·s, la banque laisse sur le bord du chemin ceux et celles qui ne sont pas à l’aise avec le numérique. J’imagine que ces chapitres-là ne figurent probablement pas au programme.
L’éducation financière est un vrai sujet, et les jeunes en manquent. C’est précisément pour cela qu’on ne peut pas la confier à ceux qui ont quelque chose à vendre. Une éducation digne de ce nom apprend d’abord à se méfier des cadeaux.